L’année dernière, 16 États africains ont célébré le 50e anniversaire de leur indépendance. Pourtant, de nombreuses critiques dénoncent encore la persistance du néocolonialisme, se demandant si le degré d’autonomie atteint depuis 1960 est suffisant pour être vraiment indépendant. L’un des symboles les plus puissants de la “dépendance” de l’ancienne puissance coloniale est le franc CFA, le nom collectif de deux monnaies utilisées en Afrique de l’Ouest, qui sont toujours garanties par le Trésor français et rattachées à l’euro.

CFA est l’acronyme de Communauté Financière Africaine.

Le franc CFA représente le franc CFA d’Afrique de l’Ouest et le franc CFA d’Afrique centrale, deux monnaies qui, bien que séparées, sont en pratique interchangeables et qui ont un taux de change fixe par rapport à l’euro.
Le franc CFA est utilisé dans 14 pays, dont 12 sont d’anciennes colonies françaises. Au départ, les colonies françaises utilisaient des monnaies liées au franc français, mais après l’indépendance, plusieurs pays ont quitté la zone franc : La Tunisie en 1958, le Maroc en 1960, la Guinée en 1959, l’Algérie en 1964, Madagascar et la Mauritanie en 1973.
Les Comores ont toujours fait partie de la zone franc mais ont leur propre monnaie, le franc comorien, qui est rattachée à l’euro à un taux différent. En 1985, la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole, a rejoint la zone CFA, tout comme l’ancienne colonie portugaise de Guinée-Bissau en 1997. Les deux unions monétaires africaines, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et l’Union monétaire d’Afrique centrale (UMAOC), utilisent le franc CFA. (Voir l’article précédent).
Le franc CFA suit les mêmes politiques monétaires établies par la Banque centrale européenne et exécutées respectivement par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et la Banque des États de l’Afrique centrale. Les deux banques centrales émettent de la monnaie et détiennent des réserves extérieures au nom de l’ensemble de la zone (dont 65 % sont à leur tour détenus dans le compte d’opérations à Paris). Elles accordent également des facilités de crédit aux banques et autres institutions financières ainsi qu’aux gouvernements des États membres. La convertibilité du franc CFA à l’euro est garantie par le Trésor français.

Naissance du CFA

Le franc CFA a été créé le 26 décembre 1945 dans le sillage de la conférence de Bretton Woods, afin d’amortir les colonies d’une forte dévaluation du franc. René Pleven, le ministre français des finances, a expliqué les circonstances de sa création en ces termes : “Dans un geste de générosité et d’altruisme, la France métropolitaine, soucieuse de ne pas imposer à ses filles lointaines les conséquences de sa propre pauvreté, fixe des taux de change différents pour leur monnaie”.
En 1958, le franc CFA est devenu le “Franc de la Communauté française d’Afrique” (FCFA), après que le général de Gaulle ait introduit la notion de “communauté” dans les colonies d’Afrique de l’Ouest et du Centre. À l’époque, la Guinée-Conakry, sous Sékou Touré, était la seule à rejeter l’offre et le pays a obtenu son indépendance en octobre 1958, soit deux ans avant les autres colonies. En 1960, la Guinée-Conakry a quitté la zone franc et a créé sa propre monnaie et sa propre banque centrale.
Le nouveau franc français de décembre 1958 avait une parité fixe d’un franc français (FF) pour 50 FCFA. Cette parité ne changera pas pendant les 36 années suivantes, jusqu’à la dévaluation du franc CFA imposée par la France, le 12 janvier 1994.
Dans la seconde moitié des années 1980, une forte chute des prix du cacao, du café, du coton et du pétrole sur les marchés internationaux a frappé les économies de la zone CFA. Simultanément, l’appréciation du franc français par rapport aux autres grandes monnaies a rendu les exportations de la zone moins compétitives. Ce double coup dur, combiné à la hausse des salaires et aux arriérés de paiement, a entraîné une baisse des investissements et une fuite des capitaux.
La dévaluation de 1994 s’est avérée être un véritable choc pour les économies de la zone. La monnaie a perdu la moitié de sa valeur en une nuit, car un franc français, qui valait auparavant 50 FCFA, est devenu 100 FCFA.
L’énorme hausse du prix des denrées alimentaires importées dans les supermarchés reste dans les mémoires comme une période extrêmement difficile.

Avec l’adhésion de la France à l’euro le 1er janvier 1999.

La parité est restée la même, ajustée automatiquement, ce qui fait qu’un euro vaut 6,55957 francs français, soit 655,957 FCFA. La monnaie est actuellement utilisée par 140 millions de personnes dans 14 pays. Au cours des dix dernières années, la croissance de l’UEMOA a été plus faible que celle des régions africaines non francophones, bien que ces dernières ne bénéficient pas des avantages d’une zone de monnaie unique. Cependant, la balance des paiements de la zone CFA est positive depuis cinq ans et a connu une croissance de 4,3 % en 2010.

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